Résolument contre le viol, mais pour la liberté d’expression!
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Mardi soir en conseil de territoire à Est Ensemble, un débat a eu lieu sur le bien-fondé de la programmation du film « J’accuse » de Roman Polanski. Au terme de ce débat, le président Gérard Cosme revenait sur la position défendue dans son propos liminaire et annonçait la déprogrammation du film dans tous les cinémas d’Est Ensemble.

Il était extrêmement difficile, vu le climat du débat, d’exprimer une position contraire à cette déprogrammation. L’ensemble des élus à la culture de la plupart des villes du territoire qui étaient présents sont d’ailleurs restés muets.

Depuis le débat, Est Ensemble est revenu sur sa décision et cest une bonne chose. Mais il nous semble nécessaire en tant qu’élu.e.s écologistes de faire part de notre analyse.

D’abord, il va de soi que nous condamnons sans aucune ambiguïté toute forme de violence sexuelle exercée sur quiconque, a fortiori sur des mineur.e.s. Nous demandons que toute la lumière soit faite sur les faits reprochés à Roman Polanski, que les victimes potentielles soient écoutées et prises au sérieux, que la justice fasse son travail, que les délais de prescription soient allongés et que les peines soient appliquées.

Néanmoins la décision de déprogrammer le film « J’accuse » nous semble contestable à plusieurs titres.

D’abord parce que la liberté d’expression et la liberté de création sont des valeurs fondamentales en démocratie, et nous devons les respecter, de même que la liberté de programmation des directeurs et directrices de salle, dans la limite de leurs responsabilités. Et nous pensons que les oeuvres ne doivent pas être confondues avec les artistes qui les créent, même s’il existe un lien, même si Roman Polanski a pu de façon inadmissible, dans certaines interviews, donner le sentiment qu’il cherchait à faire un parallèle entre sa situation et celle du capitaine Dreyfus.

Ensuite que nous ne pensons pas que le rôle des élu.e.s soit de dire à leurs concitoyens ce qu’ils doivent penser ni de décider à leur place de ce qui est bon pour eux. C’est une insulte à l’intelligence des habitant.e.s d’Est Ensemble que de les priver de voir un film et de se faire leur propre opinion, quitte à ce que des débats soient organisés pour les aider à leur forger leur opinion. Cette déprogrammation ne doit pas non plus permettre aux élu.e.s de se dédouaner de leurs responsabilités à quelques mois des élections municipales, tant on sait que les problèmes liées au sexisme persistent dans les villes du territoire.

Enfin déprogrammer ce film constitue un précédent fâcheux, aux conséquences innombrables et imprévisibles. Il faudrait instituer un véritable comité de censure qui retirait de nos salles de spectacles et de nos bibliothèques une quantité impressionnante d’œuvres au motif que leurs auteurs ne menaient pas des vies « exemplaires », à commencer par Woody Allen, Céline, Léautaud, Mickael Jackson, et pourquoi pas Hitchcock ou Chaplin etc. Et on imagine les conséquences dramatiques de que cela pourrait avoir si une nouvelle majorité à Est Ensemble décidait de faire le tri en fonction de certaines options politiques, comme on a pu le voir dans les villes dirigées par l’extrême-droite.

Nous suggérons que des débats soient organisées dans tous les cinémas du territoire autour des questions de sexisme et des violences sexuelles, mais aussi autour de la liberté d’expression.

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