
Les élu-es du groupe Montreuil Écologistes et Citoyen-nes étaient présents dimanche 20 mai aux côtés de près de 3000 manifestants (selon Ouest France) qui ont défilé pour défendre les « Murs à pêches » menacés par la construction par une filiale de Bouygues de 83 logements privés.
Nous souhaitons tout d’abord remercier les organisateurs du festival de la tenue de cet événement qui a rencontré cette année encore un grand succès. Nous regrettons que la municipalité ait pu donner le sentiment d’organiser un contre-festival dans la maison des Murs-à-Pêches alors que cela fait 17 ans que ville et associations travaillent en bonne intelligence sur cet événement. L’ampleur de la manifestation qui a suivi – dans des proportions inédites pour Montreuil avec 3000 manifestants – démontre l’inquiétude grandissante que soulève dans notre ville, mais aussi au-delà, l’actuel projet de construction de logements et d’artificialisation des sols, de surcroît dans un site patrimonial unique.
Nous déplorons que le débat sur le projet EIF et les Murs-à-Pêches ne puisse vraiment avoir lieu faute de véritable concertation avec les habitants, les acteurs de l’ESS présents dans l’usine, les associations présentes sur les lieux, et les élu-es qui souhaitent une alternative au projet, et ne « s’opposent pas à tout » comme cela peut être dit. L’absence manifeste de concertation réelle s’est d’ailleurs illustrée par la démission de l’un des membres du collectif d’animation du conseil de quartier Paul Signac-Murs à Pêches parce que « les conditions d’une concertation constructive ne sont pas réunies ». Non respect du calendrier de réunions de concertation, cahier des charges rédigé sans impliquer les habitants, inscription dans le dispositif d’appel à projet « Réinventons la Métropole » rendu public à un mois de la clôture du dépôt sans possibilité de discussion, absence de comptes-rendus des réunions sont autant d’éléments rapportés qui témoignent de l’opacité dans laquelle le projet s’est construit. Ce refus de co-construire se confirme lorsque l’élu en charge de l’aménagement des Murs-à-Pêches prévient que le projet n’est modifiable qu’à la marge, et glisse oralement que les logements ne sont pas négociables. Dès lors sur quoi concerte-t-on? La couleur des façades des futurs logements? La marge est difficilement évaluable quand le dossier du projet EIF n’a même pas été communiqué aux élus. En interne, notre groupe essaie en vain de rencontrer l’élu en charge depuis des mois. La réponse informelle à notre lettre au Maire de mars dernier nous renvoie à l’élu en charge comme dans les pires administrations… Nous refusons d’être mis devant le fait accompli d’un projet conçu sans transparence, il en va de notre responsabilité d’élus. Des alternatives existent, nous demandons qu’elles soient étudiées et que l’ensemble des parties prenantes soient enfin impliquées dans l’élaboration du projet.
Vous avez dit privatisation?
Aux partisans du projet EIF qui accusent les associations présentes sur place de « privatiser » les Murs-à-Pêches en restreignant leur accès, nous répondons que se sont ces associations qui font vivre ce lieu depuis des années. Le travail effectué par les bénévoles de ces associations pour préserver, entretenir développer toutes sortes d’activités dans les murs est remarquable. Ouvrir en permanence les parcelles entraînerait des risques de dégradations et des squats. Ne nous laissons pas berner, la vraie privatisation c’est la construction des logements privés par Bouygues sur le site ! C’est pourquoi nous déplorons que dans le projet actuel, la dépollution des sols et la pseudo « préservation » des murs (en construisant des maisons entre eux!) se fasse au prix d’une privatisation partielle de ces murs avec près de deux hectares de ce patrimoine sacrifié à l’autel de la rentabilité. « Le projet actuel brade notre patrimoine exceptionnel » regrette l’élue du quartier Claire Compain qui s’inquiète des effets d’un tel chantier sur les murs : « On nous avait promis qu’aucun mètre de mûr ne sera détruit. Pourtant sur le terrain, les travaux de repérages et de construction de tranchées ont déjà fait s’écrouler de nombreux murs. Le chantier n’est même pas commencé que le cahier des charges n’est pas respecté » dénonce l’élue qui constate que la construction de logements fragilise les murs plutôt que de les protéger et qu’elle les dénature. Les Murs-à-Pêches ce sont des murs, mais c’est aussi et surtout un paysage.

Le prix de la dépollution
L’argument selon lequel construire des logements est la seule solution pour dépolluer les sols laisse perplexe. « Tous les sols de Montreuil sont pollués de diverses manières et par diverses pollutions…faudrait-il partout où les sols sont pollués construire du logement? » questionne Claire Compain qui souligne que de nombreux exemples comme l’école Odru montrent que la construction d’équipement sur des sols très pollués n’implique pas forcément une dépollution au préalable. Nous savons que le coût de la dépollution des sols est particulièrement lourd pour notre collectivité alors pourquoi ne pas regarder ce qui est fait dans d’autres espaces agricoles montreuillois où des associations comme les Jardins du Cœur à la Ferme Moultoux s’associent à des chercheurs pour expérimenter des solutions innovantes pour voir ce que l’on peut faire ou pas en termes d’agriculture sur des sols pollués.

Ecologie populaire?
Construire des logements sur un espace vert, de pleine terre, alors qu’il en manque cruellement dans notre département ce n’est pas faire de l’écologie populaire comme certain tentent de le faire croire, sous prétexte que quelques logements sociaux seront construits à cet endroit. D’ailleurs parler d’écologie populaire, c’est sous-entendre qu’il existe plusieurs écologies avec d’un côté une écologie réservée à ceux qui ont les moyens et de l’autre une écologie accessible aux plus défavorisés. Or, l’écologie n’est pas un luxe. Artificialiser les sols, contribuer au dérèglement climatique frappe tout le monde . La transition écologique n’est pas là pour régler tous les problèmes, elle doit pourtant être mise en place de toute urgence. C’est le sens de la mise en place d’une trame verte et bleue à proximité du site d’EIF.
Nous ne le dirons jamais assez : la réhabilitation de l’usine EIF est une bonne chose. Nous ne cherchons pas à muséifier ni à figer les Murs-à-Pêches qui doivent rester vivants et bien sûr évoluer mais sans être dénaturés, ce que fait EIF. D’autres solutions existent pour sauver les murs et mener à bien le projet de réhabilitation de l’usine. La Ville doit travailler avec le Département, la Région et L’Etat pour trouver des financements. « Nous pourrions solliciter de nouveau les fonds européens qui permettent déjà de cofinancer l’opération des « sentiers de la biodiversité » et la restauration de certains murs » suggère Gilles Robel, coprésident du groupe et élu délégué aux financements européens à Est-Ensemble. Les alternatives doivent être enfin sérieusement étudiées.
Une vision globale pour le secteur
Le secteur murs à pêches est un site patrimonial unique, de grande renommée qui doit être préservé et valorisé. Porteur de problématiques sociales, agricoles et culturelles, il s’agit d’un lieu à fort potentiel pour la ville qui doit faire l’objet d’une vision globale. Ce que nous souhaitons c’est une véritable ambition pour cet espace et que cesse sa vente à la découpe.
Pour rassembler l’ensemble des acteurs liés aux Murs à Pêche (institutions, habitants, promoteurs, associations, acteurs de l’économie sociale, usagers) et rédiger un projet global ambitieux pour les Murs à Pêches, nous proposons de mettre en place Groupement d’intérêt public (GIP) ou tout autre outil qui permette à des partenaires publics et privés de mettre en commun des moyens pour la mise en œuvre de missions d’intérêt général. De nombreux exemples montrent que les GIP sont des outils d’innovation collective intelligents et efficients. Citons l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique basée à Montreuil ou encore le GIP du futur Parc des forêts de Campagne et de Bourgogne qui réunit 217 acteurs pour construire son projet de parc national. La création d’un GIP des Murs à Pêches pourrait également mobiliser, sur un socle de finances publiques, des financements privés complémentaires : partenariat, mécénat, concession, prestations offrant une alternative de financement qui nous semble bien plus vertueuse et consensuelle que la construction des logements.
Pour nous écologistes, trouver une alternative plus vertueuse à ce projet, construite avec les habitants, et préserver des espaces naturels dotés de murs à pêches, c’est agir en cohérence avec la campagne « Montreuil est notre jardin » que nous avons lancée il y a quelques mois. C’est rester cohérent avec le choix de notre municipalité d’avoir porté un vœu contre Europacity au nom de la lutte contre l’urbanisation des terres agricoles et naturelles. C’est respecter les engagements pris en 2014 en matière de concertation, de modalités d’aménagement et de préservation de la biodiversité.
Pour aller plus loin :
Projet EIF : Encore un effort pour préserver les Murs à Pêches!